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 Ma petite truffière, saison 2018/2019

 

Août 2018. Une belle « patte d’oie » apparaît, zone A, à la limite de la zone de chiendent. Je la couvre de quelques cm de bonne terre pour constituer un tumulus protecteur

Idem pour une autre « patte d’oie » près de la haie de laurier.

 

Dès septembre, comme chaque année, des ichneumons hantent la petite truffière, leur abdomen, chargé d’oeufs, frôlant le sol pour y déposer la vie future, pendant que leurs deux longues antennes balayaient l’espace.

  

En octobre comme en novembre, à l’occasion de pluies conséquentes, des

Champignons, couleur ocre-sale, au chapeau fibrilleux et mamelonné - peut-être des Inocybe jurana - apparaissent dans la petite truffière.











 









Début novembre, à la suite d’un violent orage, une truffe de surface est en partie dégagée à deux mètres du chêne, zone C, le long du mur nord de la maison. Disons qu’un tiers de son volume est apparent, sans protection aucune. La truffe paraît saine. Je la recouvre de 3 à 4 cm de terre. (Suite et fin de l’histoire de cette truffe dans le texte du 17 février.)


Le 15 novembre, deux exemplaires du genre Helvella, en l’occurrence Helvella crispa, se dressent comme des sentinelles près de la haie de laurier. (Zone A)


  

Le 20 novembre, deux mouches Suillia fuscicornis se battent au-dessus du petit tumulus protégeant la truffe de surface, celle derrière la maison, façade nord (Zone C). La plus vaillante monte à présent  la garde au sommet de ce tertre, se faisant menaçante par des battements d’ailes contre toute intruse.

Le 23 novembre, pluie fine et fraîche. Le petit tumulus est en partie abrité par les branches hautes du chêne et la génoise de la toiture. (Zone C toujours) Trois Suillia sont pourtant là. L’une d’elles (flèches) est au sommet du tertre, les autres sont en partie cachées sous des feuilles de chêne tombées à terre. Ce sont des abris de fortune qui valent ce qu’elles valent. Je m’accroupis pour prendre la photo : les mouches s’envolent.

Nettoyant de la main les abords du petit tumulus, mon doigt rencontre une petite scolopendre et un Liodes cinnamomea dont la larve, je le sais, creuse des galeries dans les truffes mûres pour s’en nourrir, rendant ces dernières invendables, si ce n’est inconsommables. La mouche la plus vaillante a vite fait de regagner sa « tour de guet » malgré la chute de quelques grosses gouttes.

Le 25 novembre, les mouches ont abandonné la partie (zone C toujours). D’après mon expérience, elles devraient être une dizaine en poste. La truffe a-t-elle pourri ? Les asticots issus des Suillia l’ont elle dévorée ? Ou alors  les liodes ? Je cave délicatement, rencontre une poche affaissée sur elle-même, poche sentant  mauvais, à la consistance d’une pomme de terre pourrie : la melano, certainement dégradée, hélas, au niveau de son péridium, n’a pas pu tirer bénéfice de la protection du tumulus.

Il y a aussi du nouveau dans la zone proche du chiendent (Zone A). La truffe de surface, sous le tumulus, a continué à se développer. Elle affleure à nouveau. Elle paraît énorme, disons 100 g au minimum. (Suite de l’histoire de cette truffe le 17 février) Je la protège sous un nouvel apport de bonne terre, place une cagette au-dessus. Pourvu qu’elle aille vers la maturation ! Pourquoi pas le 24 décembre ?


Le 22 décembre, cinq Suillia sont présentes, à peu de distance de la truffe de novembre qui avait pourri (Zone C). Le sol est pourtant détrempé par des pluies continuelles depuis novembre. Pas sottes, les mouches sont juchées sur des glands ou petits cailloux. Une sixième Suillia se pose : combat généralisé. Les demoiselles ont du caractère !

Le 24 décembre, temps printanier. Les mouches sont encore là. (Zone C toujours) La dominante, une fuscicornis juchée sur une tuile, empêche toute approche. Des minuscules points blancs, agglutinés sur le sol, laissant par là deviner qu’il s’agit de sa ponte.

Je cave. La mouche vient aussitôt se poser sur la mélano (photo ci-contre)











Lavée, séchée, la truffe accuse 38 g sur la balance

Mercredi 13 janvier. Nous avons eu un mistral glacial et continu pendant plusieurs jours.

Aujourd’hui, enfin, temps calme et ensoleillée. A 14 h, le sol se réchauffe lentement. Mais il reste dur et fortement déshydraté. Les odeurs de mélano, à condition que les mélano aient résisté aux fortes pluies puis au froid continu, sont encore captives dans la gangue de terre dure comme du ciment. Tiens, une Suillia. (Zone A) Elle procède par grands bonds aventureux, à la recherche de parfums subtils mais hélas, pour l’heure, ténus et fugitifs. Pour finir la Suillia se perche sur un brin d’herbe et entame sa toilette comme le ferait un chat. Patience ! se dit-elle se faisant. Mais les antennes restent mobiles et interrogatives. Au cas où …..

Janvier, toujours. Le mistral est toujours présent ; il fait froid. Bref, un temps de saison.

Jeudi 7 février. La pluie du début du mois a apporté une humidité bienvenue. Une brune Suillia gigantea est en poste, près de la haie de laurier (Zone A). Elle est même en position de ponte. Pas d’autres mouches ; je décide de ne pas caver.

Les jours s’écoulent ; le temps devient agréable ; depuis le 10 février, l’air et la terre sentent le printemps ; les violettes abondent ; les premiers pissenlits décorent de jaune le gris du chiendent, chiendent affecté par les brûlures de l’hiver. Trois Suillia errent de place en place (zone A): deux fuscicornis, une grande et une minuscule ; une gigantea à la robe fauve, beaucoup plus grosse que les fuscicornis. Elles se posent sur ce qui correspond aux pattes d’oie de l’été, profitant du réchauffement passager du sol à l’occasion du parcours journalier de l’astre solaire et disparaissent bien vite lorsque la portion visitée retourne dans l’ombre.

Bizarre ! Bizarre ! Il doit y avoir une odeur, fine, subtile (Zone A toujours)…. Pas assez prégnante toutefois pour donner le signal de la curée et voir ainsi arriver une dizaine de mouches. Il n’y a hélas que trois mouches depuis plusieurs jours : toujours les mêmes.

Dimanche 17 février, 14 heures. Temps splendide. Nos amies fidèles sont  là ; pas une de plus. Deux ont décidé de se battre dans la zone B. Je cave. Après tout, cela n’a que trop duré. Surprise : une mélano est là, peu odorante mais bien mûre. Je la caniffe : le goût est parfait ; la gléba, persillée de veines blanches dans un noir d’ébène ne livre aucune meurtrissure ou encore d’attaque de la vermine habituelle. 18 g sur la balance.

A 15 heures, les trois mouches ont changé de domicile. Elles sont près de la haie de lauriers (Zone A), battent des ailes pour s’effaroucher …  A genoux, j’avance un doigt sur ce qui était un ancien tumulus. Une mouche le fixe et refuse de s’envoler. Brave petite ! Je cave : la mélano est sans défaut : 209 g sur la balance.

Je cave. Surprise des surprises. La mélano est pleine de bosses et de boursouflures. C’est un pieu ancré dans le sol ! Je cave délicatement en poussant des « Oh ! » d’émerveillement. 269 g sur la balance ! Un record

La protection, protection du péridium -l’écorce- faite de bonne terre, possédait donc les éléments nutritifs nécessaires à la croissance de la « demoiselle », éléments pompés dans le sol par l’intermédiaire des houppes mycéliennes au sommet de certaines verrues. Je dis « demoiselle » car les truffes sont des « filles », c’est une vérité.

Lundi 18 février, 13 heures. Il fait doux. Animation faite de 3 gigantea, 2 minuscules fuscicornis près du cerisier (Zone A). Mélano de 33 g sur la balance.

Mardi 19 février, 14 h. Forte animation d’une dizaine de fuscicornis et de gigantea près du mur du cabanon à bois (Zone B). A genoux, Je cave.  Dans l’enchevêtrement de radicelles, dont certaines, nacrées, ne sont pas encore mélanisées, la mélano est là, indemne de blessures : 61 g sur la balance.

La gléba de ce beau fruit de la mycorhization des racines du chêne présente deux parois internes, soudées comme des lèvres. Je pense aux paraphyses, restes de l’apothécie primitive. Les parois de ces paraphyses sont bousculées, voire écrasées par les masses noires de cellules reproductives mélanisées que sont les spores.

Samedi 23 février. Animation au pied du chêne, côté est, zone B. Les mouches s’envolent sauf une, figée en position de ponte. Mon doigt, effleurant son dos, ne l’effarouche pas ; je pourrais l’écraser. Une seule préoccupation anime la vaillante Suillia : la ponte et donc la vie future. Je dégage une mélano fort odorante : 47 g sur la balance.

Ce matin du 26 février, près du cabanon à bois, zone B, j’aperçois une grosse Suillia en position de ponte. Dans un environnement de 30 cm, trois autres Suillia sont « piquées » dans le sol, au « ferme », comme le seraient des chiens de chasse immobilisés près du cerf à bout de souffle. Je retourne le sol ; deux mouches suivent le mouvement, enivrées par l’odeur de truffe mûre et se retrouvent le cul par-dessus tête : 21 g sur la balance

Dimanche 3 mars, zone B. Il fait chaud depuis quelques jours : des températures de mai.

Les mouches sont là, près de la découverte du 26 février. Ce sont toutes des grosses gigantea. Les combats s’enchainent ; quel spectacle !

20 g sur la balance

Dimanche 17 mars. Il fait chaud pour la saison, voire très chaud. J’ai dû arroser deux fois depuis début mars.

Je ne crois plus à la moindre découverte. Depuis dix jours, une Suillia gigantea imposante erre pourtant dans la petite truffière. Aujourd’hui, elle semble s’être liée à deux autres gigantea et à une fuscicornis, près du tronc du cerisier. Tiens, les mouches plongent et de se figent, zone A. Deux mélano s’offrent ensuite à ma vue : 33 g sur la balance.


Fin de la saison.

Ces observations ont été réalisées par Pierre Lanfredi, membre de la Société Mycologique du Vaucluse.

Ce site est la  propriété exclusive de La Société  Mycologique de Vaucluse.

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